Thèse de Matthieu Garcia-Mesa

ED372 Sciences économiques et de gestion

Les collectifs d’entrepreneurs de la formation professionnelle continue : entre besoin de préserver une liberté entrepreneuriale et nécessité d'agir collectivement

par Matthieu Garcia-Mesa

Sous la direction de Cathy Krohmer amU & Francesca Petrella LEST - amU

En cours  -

Financement : Ecole doctorale

Résumé

Représentant près de 15 milliards d’euros, la formation professionnelle continue (FPC) constitue un domaine d’analyse particulier qui s’est construit à l’intersection de l’économie, de l’éducation et de l’économie du travail. Ce champ de la FPC est à bien des égards protéiforme et multidimensionnel, dans la mesure où les acteurs qui opèrent au sein de ce champ sont soumis à des logiques plurielles et parfois contradictoires. Cela est renforcé par le nombre très important d’acteurs de type entrepreneur individuel qui interviennent dans le champ de la formation professionnelle puisque sur un ensemble de 55 300 organismes de formation, précise que 94 % des organismes de formation déclarent un chiffre d’affaires en 2010 inférieur à 750 000 € et 72 % déclarent un chiffre d’affaires inférieur à 75 000 €. Ainsi, les entrepreneurs individuels de la FPC sont des acteurs incontournables dont la littérature ne semble pas suffisamment rendre compte. Or, comprendre le champ de la FPC nécessite aussi de comprendre comment opère une grande majorité des acteurs qui le compose, en premier lieu desquels, les entrepreneurs individuels. Le champ de la FPC s’est structuré au cours des dernières années autour de logiques de marché soumettant ces nombreux acteurs à des pressions concurrentielles importantes. Ainsi, ce champ est qualifié de marché depuis l’arrivée de lois qui ont libéralisées le secteur à partir des années 1960. Cette expression de « marché de la formation » renvoie de la même manière à la production par les organismes de formation de prestations intellectuelles, et non à la rencontre entre l’offre et la demande. Afin de réguler ce secteur, les pouvoirs publics ont notamment soumis les acteurs de la FPC à des contraintes réglementaires de plus en plus complexes. Si les logiques de certification semblent nécessaires, notamment pour lutter contre les escroqueries (fausses formations, arnaques aux CPF, etc.), ces pressions réglementaires semblent fragiliser les entrepreneurs individuels de la FPC. Dès lors, afin de répondre aux évolutions du secteur, l’entrepreneur individuel de la FPC semble poussé vers des logiques de coopération avec ses pairs (la presse en donne de nombreux exemples sans pour autant qu’il soit pour l’heure possible d’appréhender le phénomène de façon intelligible). Ici, l’enjeu est de partager des ressources et de répondre collectivement aux nouvelles évolutions du secteur. Toutefois, cette coopération soumet l’entrepreneur individuel à des tensions nouvelles. Entre maintien de ses libertés entrepreneuriales et nécessité d’apporter des réponses collectives, ces entrepreneurs individuels semblent opérer une hybridation en se dirigeant vers la constitution de collectifs susceptibles d’être capables d’agir collectivement au sein de structures coopératives. Pourquoi ces entrepreneurs se regroupent-ils au sein de coopératives ? Quelles formes prennent ses structures au cours du temps ? Et comment ses collectifs construisent-ils des ressources partagées et des réponses aux évolutions du secteur ? Le projet de thèse vise à rendre compte des logiques qui pèsent sur l'entrepreneur individuel de la FPC, avec d’une part cette volonté de préserver une liberté entrepreneuriale et d’autre part, cette nécessité d'agir collectivement pour répondre aux évolutions du secteur. Il s’agit également de comprendre pourquoi ces entrepreneurs individuels choisissent la coopérative comme réponse organisationnelle aux évolutions du secteur et comment dans ce cadre organisationnel se développe au cours du temps des capacités collectives.


MOTS CLES
Entrepreneurs ; Formation Professionnelle Continue ; Collectifs ; Coopérative ; Liberté ; Compétence collective.

 

ABSTRACT
Continuing vocational training (CVT) represents nearly 15 billion euros and constitutes a specific field of analysis that has emerged at the intersection of economics, education, and labor economics. This field of CVT is, in many ways, multifaceted and multidimensional, as the actors operating within this field are subject to diverse and sometimes contradictory logics. This is reinforced by the significant number of individual entrepreneurs involved in the vocational training field, with 94% of training organizations reporting a turnover below 750,000 euros in 2010, and 72% reporting a turnover below 75,000 euros among a total of 55,300 training organizations. Therefore, individual entrepreneurs in CVT are essential actors that the literature does not seem to sufficiently account for. However, understanding the field of CVT also requires comprehending how most of its actors operate, especially individual entrepreneurs. In recent years, the field of CVT has been structured around market logics, subjecting these numerous actors to significant competitive pressures. This field is referred to as a market since the arrival of laws that liberalized the sector from the 1960s onwards. The term "training market" refers to the production of intellectual services by training organizations, rather than the interaction between supply and demand. To regulate this sector, public authorities have increasingly imposed complex regulatory constraints on CVT actors. While certification logics may be necessary, particularly to combat fraud (fake training, Compte Personnel de Formation, scams, etc.), these regulatory pressures appear to weaken individual entrepreneurs in CVT. In response to sectoral developments, individual entrepreneurs in CVT seem compelled to adopt cooperative logics with their peers (numerous examples are reported in the press, although the phenomenon is not yet fully comprehensible). The challenge here is to share resources and collectively respond to new sectoral developments. However, this cooperation imposes new tensions on individual entrepreneurs. Balancing the maintenance of their entrepreneurial freedom with the need to provide collective responses, these individual entrepreneurs appear to operate hybridazition by moving towards the establishment of networks capable of acting collectively within cooperative structures. Why do these entrepreneurs gather in cooperatives? What morphology do these structures take over time? And how do these networks build shared resources and respond to sectoral changes? The objective of this thesis project is to account for the logics that weigh upon individual entrepreneurs in CVT, encompassing both the desire to preserve entrepreneurial freedom and the necessity to act collectively in response to sectoral developments. The project also aims to understand why these individual entrepreneurs choose cooperatives as an organizational response to sectoral changes and how, collective capabilities develop over time within this organizational framework.


KEY WORDS
Entrepreneurs, Continuous Vocational Training, Networks, Cooperative, Freedom, Collective competence.