Thèse de Lucie Chevalier

Manager mieux l’aide à domicile ? Genèse, appropriations et limites d’un dispositif de formation au changement organisationnel destiné à résoudre la crise du secteur.

par Lucie Chevalier

Sous la direction de Olivier Masclet Univ Limoges - GRESCO & Anne-Marie Arborio LEST - amU

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En cours 
Financement : CIFRE

Résumé

Pour répondre à la crise qualifiée « d’attractivité » du secteur de l’aide à domicile, des acteurs publics et privés promeuvent une solution basée sur le management et la transformation de l’organisation du travail. Dans cette perspective, un dispositif de formation au changement organisationnel a été proposé pendant plusieurs années aux dirigeant·es, encadrantes intermédiaires et aides à domicile d’une dizaine de structures. A travers une enquête ethnographique au long cours, cette thèse en analyse la genèse, les appropriations et les limites. 

La thèse met d’abord met en évidence le rôle central d’un ensemble de réformateurs dans le projet de « manager mieux » l’aide à domicile. Le management comme solution à la crise du secteur s’impose d’autant plus facilement auprès des cadres dirigeants que leur profil social a évolué et qu’ils ont été préparés à cette « solution » par la diffusion du Nouveau Management Public. 

La thèse analyse ensuite les modalités d’un consentement à la réforme qui va au-delà des seuls dirigeants des entreprises et associations d’aide à domicile. En effet, les cadres intermédiaires et les aides à domicile elles-mêmes témoignent durant le temps des formations de leur adhésion au projet de réforme managériale : elles participent activement aux formations et disent leur espoir dans des solutions organisationnelles efficientes et plus respectueuses des salariées. La thèse met au jour les stratégies scéniques et discursives des formateurs et formatrices qui visent à produire la croyance dans un possible changement par le déploiement d’une nouvelle organisation du travail. Elle révèle ce que ce consentement doit aux interactions durant les formations où cadres intermédiaires et aides à domicile sont prises au sérieux et voient leurs aspirations, notamment en matière de reconnaissance, de renouveau du collectif de travail et d’amélioration des relations professionnelles, reconnues. 

Enfin, la thèse met en lumière les limites structurelles de ce dispositif de formation qui n’a pas conduit aux transformations promises de l’organisation du travail. La non-prise en compte, sinon le déni, des réalités économiques du secteur, à la fois le manque de moyens financiers et la faiblesse des salaires des employées, explique ces limites et une forme de trahison des aspirations des salariées à de meilleures conditions d’emploi et de travail.