Thèse de Marguerite Coron
ED372 Sciences économiques et de gestion
Repenser le travail collectif en contexte virtuel : Dépasser l’opposition entre présentiel et distanciel
par Marguerite Coron
Sous la direction de Claude Paraponaris LEST - amU
En cours -
Financement : Ecole doctorale
Résumé
Cette recherche doctorale s’est construite à partir d’une impasse analytique : la difficulté persistante, dans la littérature comme dans les organisations, à penser le travail collectif en contexte virtuel, au-delà d’une lecture dichotomique entre présentiel et distanciel, menant à des résultats hétérogènes et contradictoires.
Face à la difficulté de dégager des repères stabilisés pour l’analyse, la recherche se consacre à la technique, dont la place demeure largement sous-estimée en sciences sociales, et mobilise un cadre à double entrée : sociotechnique, attentif aux inscriptions matérielles des prescriptions et aux marges d’appropriation, et sociomatériel, centré sur les pratiques comme agencement dynamique entre dimensions sociales et matérielles.
Les caractéristiques socio-contextuelles des équipes constituent un autre repère analytique. La diversité des compétences, la répartition de l’autorité et la stabilité temporelle sont appréhendées comme trois dimensions continues permettant de situer une équipe et d’éclairer les contraintes et opportunités susceptibles de façonner ses interactions.
L’enquête empirique est conduite au plus près de situations de collaboration, à partir de l’observation de hackathons, des événements intensifs de résolution collective de problèmes organisés par Orghackathon en présentiel et en contexte virtuel. Huit événements ont donné lieu à 48 entretiens, une cinquantaine d’heures d’enregistrement et de nombreuses traces d’activité, constituant un matériau empirique dense et situé.
Les résultats sont présentés selon deux volets interdépendants : l’« être ensemble » et le « faire ensemble ». Le premier volet se consacre au déploiement des interactions, formelles et informelles, ainsi qu’aux formes d’ancrage des équipes dans un contexte de médiation par visioconférence. Le second s’intéresse à la manière dont l’environnement technique contraint la réalisation du travail et transforme sa dimension collective, ainsi qu’à la place occupée par la facilitation.
La discussion engagée avec le cadre théorique conduit à trois apports théoriques transversaux, permettant de dépasser une lecture dichotomique entre présentiel et distanciel. Premièrement, les contraintes inscrites dans les outils introduits participent à des reconfigurations plus ou moins importantes du travail collectif selon les marges d’appropriation disponibles. Deuxièmement, ces reconfigurations s’orientent autour de ce que la recherche nomme la « visée », entendue comme priorité organisationnelle. Troisièmement, au cœur de ces reconfigurations, l’interdépendance formelle s’actualise au regard de la configuration technique mise en place, tandis que les caractéristiques socio-contextuelles des équipes y acquièrent une portée particulière.
La thèse dégage enfin des préconisations pour guider les organisations dans leurs arbitrages entre présentiel et contexte virtuel, ainsi que dans la conception et le pilotage des dispositifs collaboratifs.